Fonds
mondial de solidarité Assemblée générale
de lONU
Le
fonds de la solidarité et de lespoir
Le
22 décembre 2001 restera sans doute, en matière de lutte
contre la pauvreté et les disparités mondiales, une date
mémorable dans lhistoire de lhumanité. Ce
jour-là, lAssemblée générale de lOrganisation
des Nations unies a procédé à ladoption concrète
de résolutions et de décisions novatrices recommandées
par la Commission économique et financière, allant dans
le sens de la création dun «Fonds mondial de solidarité
pour lélimination de la pauvreté et la promotion
du développement humain et social».
Retenant définitivement
ce projet, lAssemblée générale a prié
le secrétaire général de lONU de lui présenter
un rapport sur les mécanismes, les modalités de fonctionnement,
les attributions, le mondat et les méthodes de gestion à
donner au fonds, qui sera alimenté par les contributions volontaires
des Etats membres et des organisations internationales, mais aussi du
secteur privé, des institutions, des fondations et des personnes
intéressées. Louable et noble résolution.
Car, il y a en effet
péril en la demeure du village-monde. Certes, le monde a connu
un développement humain et un développement économique
plus rapides, cette dernière cinquantaine dannées,
quau cours daucune autre période comparable de son
histoire. Cependant, sil y a de quoi se réjouir, il y a
encore davantage de quoi salarmer. Les chiffres parus en juin
2001 dans le rapport des Nations unies sur le financement du développement
sont à cet égard édifiants et troublants. Ils rendent
urgent un engagement mondial à agir pour lutter contre la pauvreté.
Selon ce rapport donc, près de la moitié de lhumanité
vit encore dans une misère abjecte. Un cinquième de la
population mondiale, soit 1,2 milliard de personnes, vit avec moins
dun dollar par jour. Dans les pays à faible revenu, qui
comptent 2,5 milliards dhabitants, plus de cent nourrissons sur
mille meurent, alors que dans les pays à revenu élevé,
la proportion est de six sur mille ! Et, dans les pays pauvres, quatre
personnes sur dix ne savent toujours pas lire ni écrire.
Bien sûr,
le progrès de la science et de la technologie combiné
à la mondialisation économique offre des possibilités
extraordinaires. Seulement, trop dindividus dans trop de pays
nont pas la liberté den profiter, ce qui fait quils
se trouvent au bord de la route pendant que la mondialisation suit son
cours. Ne pas être libre, cest manquer de nourriture, ne
pas avoir bénéficié dune éducation
ni dune formation, ne pas avoir accès à des services
de santé, être privé de ses droits fondamentaux
et de ses droits politiques les plus élémentaires : ne
pas vivre en sécurité, ne pas pouvoir compter sur une
infrastructure même rudimentaire, ne pas avoir de possibilités
demploi.
Or, il ne saurait
y avoir de véritable et durable progrès mondial si plus
des trois quarts des pays du monde restaient en marge. Dautant
plus que les pays restés sur le quai ont dimmenses potentialités
qui aspirent à être activement impliquées dans les
affaires mondiales. Il importe à cet égard de dire que
le principe de solidarité mondiale tel quinstitutionnalisé
à la faveur de la noble véritable initiative de
lespoir du Président Ben Ali pour la création
dun Fonds mondial de solidarité transcende toute notion
dassistance aux pays pauvres ou en développement. Elle
appelle bien au contraire à une solidarité mondiale intelligente
et à un partage équitable des fruits de la croissance
mondiale. A défaut de cet élan de solidarité, ce
serait la régression et le Moyen Age pour le village-monde. Dautant
plus que 20% de lhumanité vivent dans les pays riches et
continuent à partager 86% de la consommation privée totale,
contre 1,3% pour les 20% vivant dans les pays les plus pauvres de la
planète.
Sacrifiés
de la croissance, les pauvres sont en fait les premières victimes
de tous les maux qui frappent lhumanité, des guerres aux
atteintes à lenvironnement. Si lallègement
de la dette des pays pauvres reste dune importance cruciale, il
nen demeure pas moins que la dette nest pas le seul responsable
des maux des pays les plus pauvres. Il est vain en effet dalléger
la dette si on nélargit pas laccès aux marchés.
Tout obstacle au libre commerce est un facteur de régression.
Le bon sens lemportera-t-il
? En viendra-t-on à admettre quon ne peut bâtir une
économie mondialisée solide, ou mieux encore un monde
de paix et de prospérité partagée, sur une société
mondiale fracturée ?
Les pays riches
affectent aujourdhui à peu près 0,25% de leur PIB
à laide aux pays pauvres. Dérisoire. Cest
peut-être assez du point de vue de laide au développement
mais bien peu en regard du dénuement et du spectacle de désolation
quoffrent au monde entier des régions entières.
Cest dire
donc toute lurgence pour la communauté internationale de
mettre rapidement en uvre un instrument dappoint de lutte
contre la pauvreté, tel que proposé par le Président
Ben Ali du haut de la tribune de lOrganisation des Nations unies,
en septembre 2000, à loccasion de la tenue du Sommet du
millénaire. Aussi, devrait-on aujourdhui saluer la prise
de conscience de la communauté internationale quant à
lurgence de sattaquer au problème épineux
et tragique de la misère et de prendre toute la mesure de laccueil
favorable réservé par lAssemblée générale
de lONU à linitiative tunisienne pour la création
dun Fonds mondial de solidarité. Un fonds de lespoir
pour des millions de personnes et de vastes régions de la Terre
qui, faute de quoi, risquent daller à vau-leau.